Le climat change, la maintenance aussi : anticiper les impacts du réchauffement climatique sur les équipements
Le climat change, la maintenance également
Personne ne peut nier le réchauffement climatique, et les dernières semaines le prouvent bien : les températures augmentent, et cela va durer dans le temps. Il y a un fort impact sur nos vies que ce soit dans notre cadre privée ou dans nos activités professionnelles. Et, sur ces deux points, il est clair que les équipements que nous utilisons tous les jours souffrent, et font l'objet de défaillances que nous ne connaissions pas nécessairement il y a quelques années.
Dans notre quotidien, nous sommes tous impactés par des défaillances liées aux fortes chaleurs. Que ce soient des infrastructures de transport qui se mettent en défaut, un incendie qui se déclenche, ou une climatisation qui tombe en panne au plus mauvais moment, nous avons tous été confrontés à ces dysfonctionnements, qui, il faut bien l'avouer, nous agacent au plus haut point, et nous font critiquer notre manque d'anticipation, et le fonctionnement de notre pays.
Il y aurait énormément de choses à dire sur le manque d'anticipation de notre pays face au réchauffement climatique, mais je vais me focaliser sur le sujet lié à la maintenance au travers de 2 exemples :
1) La climatisation dans les transports publics : cet équipement s'est développé depuis une vingtaine d'années. Lorsqu'il est arrivé, il a souvent été considéré comme un système de confort, et donc totalement secondaire dans le fonctionnement du véhicule. De ce fait, si la climatisation était en dysfonctionnement, le traitement de sa défaillance n'était pas prioritaire, car "cela n'empêche pas le véhicule de rouler". Je le sais bien, car, lorsque je travaillais en atelier de maintenance, j'ai utilisé et entendu un nombre de fois incalculable cet argument. La climatisation étant considéré comme secondaire, il y avait donc peu d'investissement des entités de maintenance sur le sujet : pas de formation, pas de moyens techniques, et externalisation systématique de la maintenance préventive (quand celle-ci était organisée !).
Au fur et à mesure de la prise de conscience du réchauffement climatique, la climatisation est devenu un sujet sensible. Nous sommes passés d'un simple équipement de confort à quelque chose de bloquant lorsqu'elle est en dysfonctionnement. Certes, lorsque le système de climatisation est en panne, cela n'empêche pas le véhicule de rouler, mais cela peut avoir rapidement des impacts désastreux pour l'entreprise. En premier lieu, le conducteur ne disposant d'une climatisation efficace verra rapidement ses conditions de travail se dégrader avec un impact fort sur sa santé (la température pouvant vite augmenter dans son poste de conduite qui est souvent un espace très restreint). Les voyageurs et clients seront également impactés, entre une augmentation des risques de malaise, et le fait de privilégier un autre mode de transport plus agréable (sa voiture personnelle par exemple).
Cette nouvelle priorité a donc un impact sur la maintenance. Ce qui était auparavant totalement secondaire est devenu maintenant prioritaire. A t'on pour autant pris en compte ce changement ? Dans la plupart des entités, il y a cette prise de conscience, et la pression des clients (internes et externes) n'y ait pas pour rien. Mais, entre la théorie et la pratique, il y a toujours un écart, et il y a encore une belle marge de progrès :
- A t'on suffisamment mis en avant la nécessité de maintenir la climatisation comme tous les autres organes du véhicule ? Dans de nombreuses entités de maintenance, j'entends encore beaucoup de discours sur le fait que la climatisation est secondaire. Et cela est valable aussi bien chez des managers que chez des techniciens. Il y a donc nécessité de bien rappeler les règles et de mettre en place une véritable stratégie de maintenance.
- A t'on mis en place une stratégie sur la maintenance de la climatisation ? Si je l'externalise (ce qui se comprend dans des petites structures de maintenance), ai je bien sélectionné mon prestataire ? Est ce que j'évalue sa performance ? Est ce que je planifie correctement la maintenance préventive (la faire en ce moment est une pure absurdité par exemple). Si je l'internalise, ai-je les moyens techniques et humains de la réaliser. Si je n'ai qu'une personne formée, et que celle est indisponible, que se passe t'il ? Ai je les infrastructures et les outillages pour bien la faire ?
Bref, nous voyons bien que la climatisation a crée de nouvelles contraintes pour un service maintenance, et que celui-ci doit impérativement les prendre en compte dans son organisation et sa stratégie.
2) Les infrastructures : le sujet est complexe, et va au delà de la maintenance. Je ne m'étendrai pas sur le fait que nombre d'entre elles ne sont pas adaptées aux fortes températures que nous connaissons dorénavant. Il y aurait énormément de choses à écrire sur le manque d'anticipation, et des choix parfois douteux de fournisseurs (sous prétexte de prix compétitifs) qui entrainent ce que nous connaissons en ce moment (des incendies sur des postes électriques, des rails qui fondent, des machines se mettant en défaut car le système de refroidissement n'est pas adapté aux températures élevées). Je vais donc plutôt me concentrer sur ce que cela implique sur la maintenance, et du rôle qu'elle peut jouer pour réduire les anomalies :
- Choix des matériaux : même si ce n'est pas le service maintenance qui choisit les matériaux utilisés dans les infrastructures, il parait juste indispensable qu'il soit associé au maximum. Bien entendu, c'est le service achat qui gère tout le processus, mais qui mieux qu'un mainteneur pourra apporter un regard terrain, avec toutes les contraintes associées ? Il saura comment l'équipement vit au quotidien, comment il est exposé aux contraintes thermiques, comment il vieillit, et comment il est utilisé. Bien entendu, il ne pourra être le seul décideur, et il est important que ses arguments soient également appuyés par l'utilisateur de l'équipement qui pourrai apporter également de nombreux points à prendre en compte.
- Maintenance préventive : tous les équipements nécessitent d'être contrôlés via la maintenance préventive. Dans le cas d'équipements soumis aux températures élevées, il est donc important que celle-ci soit déjà réalisée (oui, les contrôles servent à quelque chose, n'en déplaise à certains !), et même renforcée sur des équipements très sensibles. Ces contrôles peuvent être réalisés via des inspections réalisées sur le terrain (on parle alors de maintenance préventive conditionnelle), ou à distance au moyen de capteurs (on parle alors de maintenance prévisionnelle). Les solutions existent donc, et elles nécessitent juste de s'adapter et de mettre en place une véritable stratégie de maintenance. Plus on renforcera le préventif, et plus on réduira les pannes sur ces infrastructures, y compris en période de fortes chaleurs. Bien entendu, tout ne pourra pas être évité, et même le meilleur mainteneur ne pourra palier à des mauvais choix fait en amont.
Que montrent ces deux exemples ?
- La maintenance a un rôle stratégique dans le bon fonctionnement des équipements, en particulier dans le contexte du réchauffement climatique
- Il est indispensable que la stratégie de maintenance s'adapte au réchauffement climatique : prise en compte des équipements tels que la climatisation, renforcement de la maintenance préventive sur les équipements sensibles, mise en place de la maintenance prédictive sur ces même équipements, planification fine des opérations de maintenance, priorisation sur la maintenance préventive
- Adéquation entre le travail à réaliser et les moyens : mise à disposition d'outillages adaptés, formations, adéquation entre le travail à réaliser et les compétence, évolution des organisations permettant une forte réactivité
Dans un contexte de réchauffement climatique, la maintenance a un rôle prépondérant dans le bon fonctionnement des équipements, et il est donc indispensable que sa stratégie et ses moyens soient adaptés en conséquence.
24 Juin 2026 © Pascal RICHARD - NPR Consulting Tous droits réservés.
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